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Le Carême est-il vraiment triste ?

Frère Norbert Jorion est chanoine régulier de l’Abbaye Saint-Martin de Mondaye (Calvados) et Hôte au Séminaire des Carmes : il y partage notre vie communautaire. Frère Norbert nous propose une méditation pour entrer dans le temps du Carême qui s’ouvre devant nous :

L’Église entre dans le temps de Carême. Un Carême de plus, pourriez-vous dire, en soupirant fortement. Un temps de jeûne et de privation où chacun est invité à se serrer la ceinture et à arborer une « face de Carême », parce que manger serait mal et sourire déconseillé. Mais est-ce vraiment de cette manière que l’Église nous enjoint de vivre le Carême ?

Commençons à vérifier cette question cruciale en observant la finale des lectures bibliques que la liturgie offre à la méditation des fidèles pour le mercredi des Cendres. La première, tirée du prophète Joël, se conclut ainsi : « le Seigneur s’est ému en faveur de son pays, il a eu pitié de son peuple » (Jl 2, 18). La deuxième, puisée dans la seconde lettre de Paul aux Corinthiens, s’achève par ces mots : « Le voici maintenant le moment favorable, le voici maintenant le jour du salut » (2 Co 6, 2). Enfin, l’évangile de Matthieu laisse entendre à trois reprises, comme un refrain : « ton Père qui voit dans le secret te le rendra ». Ce sondage (trop) superficiel dans la liturgie de la Parole laisse aisément deviner la tonalité de l’appel du Carême : par-delà le jeûne et la privation, nous célébrons « la pitié » de Dieu, et l’approche du « jour du salut ».

Les quarante jours du Carême sont donc orientés vers Pâques et tendus vers un événement qui advient. Le jeûne et la privation ne sont que des moyens conseillés en vue d’une fin qui les dépasse, et ce serait se méprendre que de s’arrêter à ces aspects du Carême. Si nous sommes invités à jeûner, par exemple, ce n’est pas parce qu’il faudrait considérer la nourriture avec dédain, mais pour la recevoir dans la reconnaissance et la partager avec celui qui loge à l’angle de la rue sans avoir rien à se mettre sous la dent. Vivre le Carême, c’est, en fait, éprouver un décentrement de nous-mêmes, pour nous approcher de Dieu et de notre prochain, selon l’unique commandement que notre Seigneur nous a donné.

Pour suivre la recommandation de Jésus à ses disciples et vivre l’aumône, le jeûne et la prière, nous disposons d’un modèle et d’une méthode : les quarante jours au désert (Mt 4, 1-11) au cours desquels Jésus a été tenté à trois reprises. Si nous considérons attentivement ces trois tentations, nous remarquons qu’elles correspondent aux trois enseignements du Christ en Mt 6 : le jeûne répond à la domination de la faim, la prière répond à la tentation de la domination et l’aumône répond à la tentation de la possession exclusive.

Alors, tristesse, pleurs et résignation à l’entrée de ce Carême ? Non, mais vivez ce temps «  avec la joie de l’espérance, constants dans la tribulation, assidus à la prière  » (Rm 12, 12), afin que ce Carême 2017 vous conduise à l’accueil de la Résurrection du Sauveur !

Frère Norbert, o.praem.

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